lundi 6 mai 2019

Faire 900 km avec 3 enfants dont 1 bébé qui déteste la voiture! We did it!

La distance, la route, les longs trajets n'ont jamais été problématiques tant que nous n'étions pas parents. Et lorsque la famille se trouve à 900 km, c'est même une habitude. Tu connais la route par cœur, tu t'arrêtes plus ou moins aux même endroits lors de chaque voyage.

Nous avons eu une chance extrême, nos deux ainés n'ont jamais rien dit en voiture, ils dormaient presque sur commande pour les 3/4 de la route.
Nous faisions des pauses sur la route, mais elle étaient relativement courtes.

En grandissant, les enfants dormaient un peu moins. La fameuse phrase " C'est quand qu'on arrive?" était donc du voyage elle aussi. Mais dans l'ensemble, ça s'est plutôt toujours bien passé.

Je dis ça car lorsque nous avons eu Gabriel, on ne s'est même pas posé la question des longs trajets, pour nous, il serait dans la même lignée que les grands...


Surprise! Pas du tout, il déteste la voiture, il râle sans arrêt, et parfois il se met à hurler même sur de petits trajets (l'enfant parfait non? 😊)

Chut bébé dort...

Quand on s'est décidé à prendre la voiture tous les 5, j'appréhendais vraiment!

Alors voilà comment on a tenté d'établir le plan "no stress" en voiture pour faire notre périple de Toulon jusqu'à Tours!

1 - Couper la route en 2! Approximativement à mi-chemin, nous avons décidé de faire une pause et dormir à l'hôtel/airbnb.
Moins de pression pour l'horaire de départ (oui, parce qu'à 5, ce n'est pas très simple de décoller de la maison) , moins de fatigue pour tous et un objectif qui nous semblait bien plus facile à atteindre!

2 - Partir sur des horaires de "probables" siestes de Gabriel. Nous sommes partis en milieu de matinée. Gabriel dort très peu le matin, mais ne serait-ce qu'1/2h c'était déjà ça! Les grands arrivent à s'occuper sur les 2 premières heures. Ils regardent la route, font des jeux ensemble, ça papote, etc...

3 - Une belle vraie pause déjeuner! J'avais bien regardé les aires d'autoroute au préalable, et j'en ai trouvé une juste parfaite! A environ 2h 15 de chez nous, cela correspondait donc à l'heure du déjeuner. L'aire de Sorgues sur la A7, qui mérite vraiment d'être mentionnée, car très kids friendly avec 2 aires de jeux en extérieur, des tables/bancs pour pique-niquer, de grandes enseignes pour ceux qui le souhaitent (Casino, KFC, Marie Blachère), un coin bébé très propre et très pratique lorsqu'il faut changer bébé.
Nous avions prévu un pique-nique car les grands adorent, et cela donne un petit côté ludique au voyage, on mange des sandwichs, on s'assoit où on veut (loin des règles du quotidien à table, c'est aussi ça les vacances, non?) .
Nous sommes bien restés 2 heures sur place.



4 - Repartir à l'approche de la sieste suivante. Gros succès pour le coup, car Gabriel a presque dormi 2 heures!!!
Pour les grands, ils ont pu choisir un grand dessin animé. Oui, oui, on avait dit jamais de tablette en voiture mais ça c'était avant! La tablette nous accompagne en voiture depuis 4 ans maintenant pour les longs trajets.
Cette fois-ci, ils ont regardé Hôtel Transylvanie!

Résultat, nous étions presque arrivés à destination pour notre stop de la nuit...

Mais c'était juste trop beau pour être vrai!

Bouchons, gros bouchons suite à un accident. Et là on a pris 1h40 dans la vue... Les grands s'impatientaient et commençaient à se chamailler, Gabriel râlait encore et encore, et nous, nous avions le cerveau en compote.

Nous avons donc refait une pause à 100km avant l'arrivée, pour prendre le goûter.
Là encore, on a fait une vraie grande pause avant de repartir pour la fin du trajet.

Nous avons dormi sur Clermont-Ferrand, à l'hôtel ACE  c'est un établissement Kids friendly, avec un accueil très chaleureux, des prestations de qualité pour un prix très correct. Comme c'était en période de Pâques, les enfants ont même eu un kinder surprise chacun à leur arrivée, ils étaient heureux!



le lendemain il nous restait 2 bonnes heures de route avant d'arriver à Chambord où on avait prévu d'emmener les enfants, puis encore 1 heure avant l'arrivée à Tours.



Clairement, ce n'est pas de tout repos, mais le fait que nous ayons pris le temps pour le trajet nous a fait gagner en sérénité. Evidemment cela faisait moins de temps sur place, mais on ne pouvait pas tout avoir!

Pour le retour nous avons fait sensiblement la même chose avec un arrêt d'une nuit près de Lyon à Lissieu.
Nous avions trouvé sur airbnb une location hôtelière très sympa Garden and City. Tout se gère de façon autonome, et les petites maisons forment un petit quartier très calme (C'était le Wisteria Lane de Lissieu!). L'appartement était hyper grand et très bien équipé.



Cerise sur le gâteau pour les enfants: Le soir à Clermont-Ferrand, et le soir à Lissieu, nous sommes allés diner au Buffalo Grill. Une grande première pour toute la famille, sur les conseils d'une de mes copines. L'offre est intéressante car pour un plat adulte acheté, le menu enfant est offert sur présentation de la carte famille nombreuse.
Burger/frites et glace pour mon grand, et poisson/riz et barbe à papa pour ma fille, un petit kit chacun avec jeux et coloriages, un très bon compromis pour les parents qui souhaitent terminer leur assiette un peu tranquille!



Nous faisons rarement de longs périples en voiture, c'était un peu l'aventure ( Le déménagement et puis Tétris dans la voiture!). Nous étions crevés (les vieux!!!) mais les enfants ont adoré le périple et Gabriel a été plutôt sage pour notre plus grande surprise!

We did it!





lundi 22 avril 2019

Et la suite?

La suite du parcours PMA est beaucoup moins pénible, pour de multiples raisons.

La première et la principale évidemment, c'est que j'avais réalisé mon rêve d'être maman, et que ma vie s'était transformée dès ce moment.

Je voulais tenter une deuxième grossesse mais je savais aussi que je n'étais pas prête à refaire un protocole PMA aussi long et aussi lourd.

Psychologiquement, l'approche est différente et les attentes ne sont pas les mêmes. Il n'y a plus cette question existentielle (pour moi en tout cas) de savoir si on est capable de devenir mère ou non, d'être en capacité de procréer, de connaître ce statut de "maman".

J'ai profité de mon Louis sans repenser aux années précédentes, et sans vraiment penser non plus à agrandir la famille.
Je le souhaitais, mais je savais aussi la chance que j'avais déjà eu, alors j'avais beaucoup moins de pression.

Louis

J'ai échangé avec mon gynécologue, celui-ci m'expliquant qu'après une grossesse, le corps se modifie, les hormones se modifient aussi et que tout pouvait être différent.
Bon, il m'a aussi dit de patienter 6 mois et de revenir le voir si je n'étais pas enceinte d'ici là ( Là, c'était moins drôle...)

6 mois pendant lesquels il ne s'est rien passé.
 Pas de cycle, pas de règles, pas d'ovulation et donc certainement pas grossesse.

J'ai été dirigée vers le gynécologue spécialiste PMA qui m'avait déjà suivi pour Louis.
Pour lui, il fallait tenter de nouveau une stimulation hormonale par traitement pour voir la réaction du corps maintenant que j'avais déjà vécu une grossesse (et une fausse couche précoce avant ça).

Un traitement de 6 mois m'a été prescrit. Je vous passe les détails de tous les effets secondaires...
Ce qui était sur c'est que mon corps réagissait au traitement par rapport à ce que je ressentais. Je ne savais pas si cela serait suffisant pour avoir la chance de vivre une seconde grossesse, mais il se passait des choses en moi c'était indéniable. J'arrivais même à sentir l'ovulation ce qui était très nouveau pour moi.

1 mois, 2 mois, 3 mois...

4 mois : En plus des effets secondaires, à quelques jours des règles je me suis sentie "différente". Ballonnée "différente" et cela toujours en milieu d'après-midi.
La foutue folie du test m'a soudainement envahie de nouveau, mais au fond de moi je savais déjà.

C'est assez inexplicable d'ailleurs... L'instinct?

J'ai fait un test en rentrant du travail le soir, il était positif! Et confirmé le lendemain par un examen sanguin.
Les règles étaient supposées arriver 4 jours après, mais à la place j'ai eu une très belle grossesse. La plus belle sans doute du début à la fin (oui parce que je suis allée au terme du terme!)

Ma petite Marie est née, et dès le lendemain je voulais un autre bébé (oui, oui les hormones!)


Marie

Envisager l'arrivée du troisième enfant, du "petit dernier", est encore différente. On a plus du tout le même âge, ni la même vie, ni les mêmes préoccupations.
Avoir 3 enfants, c'était mon rêve le plus fou, mais il était sans cesse décliné ou reculé pour de multiples raisons. Ce n'était pas la PMA  qui était l'obstacle principal même si elle restait toujours un paramètre à considérer.

Car non, on n'oublie jamais la PMA (malgré ce que tout le monde te dit ou essaye de te faire croire), mais le sujet devient beaucoup plus allégé avec le temps et avec les enfants qui ont pris toute le place dans ton cœur, dans ta vie, et dans ton quotidien.

Suite à de nombreux événements (on en reparlera) ma vie, ma vision de la vie ont énormément changé. Les raisons qui me faisaient "décliner" ou "reculer" ou me questionner sur une troisième grossesse n'avaient plus lieu d'être, alors on s'est lancé.

Un traitement de 3 mois de stimulation hormonale m'a été prescrit.

Le 2ème mois, je me suis sentie "différente", mais cette sensation m'était bien familière.

Sans aucun doute j'étais enceinte.

Ma grossesse a été confirmée par test puis prise de sang. Et une semaine après la date supposée des règles, j'ai commencé à souffrir d'horribles nausées (ce qui était une grande première pour moi).

Mes bébés

L'histoire des grossesses c'est encore un autre sujet. Ce que je voulais ici, c'est témoigner de la suite du parcours PMA.
J'ai eu cette chance que mon corps ait bien voulu fonctionner, ait bien voulu répondre au traitement et de manière rapide.

Je suis SOPK et je le serai toujours mais aujourd'hui je suis maman de 3 chouchous alors qu'on m'avait dit que je n'en aurais certainement jamais et qu'il fallait que je me fasse à l'idée de ne jamais être mère.

Alors non, nous se sommes pas obligés d'accepter cette sentence et de se faire à l'idée de ne pas devenir parent.
Ce qu'on ne maîtrise absolument pas c'est quand et comment.

L'espace temps peut être très long, 3, 5 10, 15 ans... PMA, thérapies, GPA, séparation/changement de conjoint...
Il peut s'en passer des choses, et on évolue au fil du temps, on change, on s'ouvre aussi à de nombreuses possibilités.
Mais sauf si cela est un choix, il n'y a pas de raison de renoncer, peu importe ce que les gens disent. Il faut aussi se faire confiance (c'est très, très dur, le plus dur sans doute). Il s'agit d'une science inexacte, ou une multitude de facteurs souvent peu maîtrisables peuvent intervenir.


Il faut toujours y croire.

______________

Et après la suite?

Quand j'ai accouché de Gabriel je me suis sentie "complète" en plus d'être chanceuse. Sans besoin de trop réfléchir, je me suis dit que l'étape suivante serait de faire un don d'ovocytes.
Certes il faudrait me stimuler de nouveau mais cela n'était qu'une formalité pour moi maintenant, et si cela pouvait aider un jour une ou plusieurs autres femmes à réaliser leur rêve de devenir mère, cela valait vraiment la peine.

Le système français est fait de paradoxes et de contraintes sur de nombreux sujets. La PMA en est un, le don d'ovocytes en est un autre. Le délai moyen d'attente d'un don d'ovocytes pour un couple est situé entre 2 et 3 ans.

J'ai voulu faire un don, j'ai 3 enfants, j'ai 37 ans.
Cela est impossible pour le motif suivant : Trop vieille!

Passé 35 ans, il est impossible en France de faire un don d'ovocytes. Je trouve cela vraiment dommage de cloisonner les opportunités surtout aujourd'hui où les femmes ont leurs enfants de plus en plus tardivement. Il me semble logique de fixer des limites et des conditions mais peut-être qu'actuellement cela n'est plus vraiment adapté à la société.

A bon entendeur...



mardi 26 février 2019

PMA et moi

Je suis SOPK.

En d’autres termes, j’ai le syndrome des ovaires polykystiques. 

Je ne suis pas médecin, je ne vais donc pas vous donner une définition scientifique du SOPK, mais voilà comment on me l’a décrit au moment où on me l’a annoncé :

"C’est un état. Un dérèglement hormonal général, les hormones sont sécrétées de façon irrégulière  et en quantité anarchique. "
Et dans mon cas plus particulièrement : "Les ovaires travaillent en sur-régime sans arrêt mais de manière inefficace, les follicules sont très nombreux (18, 19, 20...) mais aucun n'arrive à maturité.
 Il n’y a donc pas d’ovulation.
Plus de règles.
Cela ne veut pas dire que vous êtes stérile, mais vous n’aurez peut-être jamais d’enfant."

A l’époque au début des années 2000, j’ai tenté de trouver des explications, mais je n’ai pas trouvé grand chose.... 
Les généralités étaient toujours les mêmes : Environ 10% de femmes touchées, troubles des menstruations, possibilité d’acné ou de pilosité importante, risque plus élevé de développer le syndrome sur sujets obèses.

Il y a quelques années en arrière on a mis en cause le bisphénol A...
Aujourd’hui on parle d'un rapport possible avec plusieurs perturbateurs endocriniens.

Aucun élément n’a pu me donner de réelles explications et j’ai arrêté depuis très longtemps d’essayer de comprendre car peu importe la cause, cela n'aurait rien changé à ce SOPK.

Il fallait donc l'accepter.

Ce n’était pas si simple à vrai dire.

C’est à ce moment que j’ai commencé un parcours PMA.
(Je vous fais grâce de la paperasse à remplir à l’époque et des délais de prise en charge, même si je sais qu’à ce jour le sujet n’a pas beaucoup avancé.)

En tout, du début de mon parcours PMA à l’heureuse nouvelle de ma première grossesse, il y aura eu 5 ans.
Si on devait rajouter les années avant la prise en charge de la PMA, on serait à 8.

En l’espace de 5 ans il s’en passe des choses, d’un point de vue médical, mais également d’un point de vue personnel. 
Personnellement, l’événement le plus marquant si je peux le dire ainsi, c’est que j’y ai laissé mon couple à l'époque.
Je n’ai pas de regret, car dans une séparation, tout un tas de choses rentrent en jeu. Mais il est certain que l’attente abominable pendant des années avant la PMA avec un projet qui n’aboutit pas, puis la PMA lourde, pesante, et qui traîne en longueur elle aussi, n’ont rien arrangé. 

J’avais testé les stimulations hormonales avec des cachets, en modifiant les dosages, en alternant tentatives et cycles au repos. 
J’avais testé des stimulations hormonales par injections. J'ai découvert l’appréhension de devoir se piquer, les bleus dans le ventre, les effets indésirables.

J’ai espéré, désespéré, souffert, pleuré puis...

La vie, le destin, l’inconscient, je ne sais pas à vrai dire, mais j’ai tourné une page.

Je me suis autorisée à vivre ma vie, ma vie en dehors de la PMA.

Je me suis séparée. J’ai vécu "libre" comme jamais je ne l’avais ressenti avant, libre de mon temps, libre de mes décisions, libre de mes choix, libre de mon cœur, libre de mon corps.

J’ai rencontré mon mari dans ce sentiment de liberté.

Le positif?
J’avais une parfaite connaissance de mon état, de mon infertilité, de la possibilité qu’une grossesse n’arrive jamais, de la probabilité que nous ne devenions jamais parents mais que peut-être nous resterions 2. 

Nous étions en accord dès le départ, pourquoi attendre ou repousser un projet qui n'arriverait peut-être pas ou dans un espace temps que nous ne maîtrisions pas?

La reprise en charge de la PMA dans le Var a été plus rapide compte tenu du dossier, et je n'ai jamais entendu le fameux: "Vous êtes jeune, en bonne santé, cela va arriver."

Il n'était plus question de refaire des stimulations hormonales suite aux multiples échecs dans le passé.

Un an plus tard nous avons alors entamé une procédure pour une 
 IAC (insémination artificielle avec conjoint ou intra couple). 

...

Soldée par ce qui s'appelle une fausse couche précoce (la veille de Noël)


Cette fois-ci, il n'était pas question de se perdre, soi-même déjà, ni l'un et l'autre. Les émotions ravivées étaient bien présentes mais je ne voulais pas qu'elles prennent le dessus et nous renferment dans cet enfer que j'avais déjà connu.

Certaines épreuves de la vie rapprochent, d'autres éloignent.
On ne le sait pas toujours car on ne maîtrise pas grand chose, mais là, j'en avais conscience.

On a décidé d'une "pause" PMA de quelques mois.

J'ai pris de nouvelles fonctions professionnelles. A la question " souhaitez-vous des enfants?" j'ai répondu oui, mais que malheureusement, cela n'arriverait jamais.
La femme assise devant moi m'a répondu: "Il faut toujours y croire"

Je n'ai pas eu d'autres règles, j'avais maintenant l'habitude.

J'ai eu quelques maux d'estomac quelques mois plus tard, dans des conditions curieuses. A la danse notamment lors de certains mouvements. Ma prof m'a demandé si j'étais enceinte.

La blague! Mais cependant cela m'a interpellé...

J'ai fait un test de grossesse en pleine journée. Je n'ai même pas attendu, il était positif ( j'ai tout de suite pensé qu'il ne marchait pas! Encore un! Mais quand même...)

J'ai fait une prise de sang. 

" Vous êtes enceinte, et bien enceinte, d'au moins 6 semaines!"


Une IAC, une fausse couche précoce, un cycle de 60 jours et un miracle? Un choc oui! Un réel choc. J'étais tellement prête que je n'étais plus prête...

Le lendemain, croyez le ou non, je ne fermais plus aucun pantalon. Le week-end suivant j'achetais des vêtements de grossesse.

Puis j'ai fait une écho et j'ai découvert mon mini alien.

Il était bien là, et la date estimée de conception correspondait au fameux "il faut toujours y croire".

La PMA et moi, ça ne s'est pas arrêté là, mais le plus dur était déjà derrière moi.

Il faut toujours y croire.


Nous avons cru en Louis, et il nous a fait devenir parents.
Notre histoire, notre "combat", notre bébé miracle.

Merci la vie.








lundi 4 février 2019

Infertilité, infécondité, inégalité, réalité

le cycle de la femme, tel qu’on nous l’apprend à l’école. 
Une belle théorie, simple à comprendre et rassurante. 
Mais dans la pratique?

Bref, je ne suis absolument pas là pour vous faire un cours de science, et encore moins pour vous donner des avis médicaux, mais pour partager avec vous mon expérience de l’infertilité.



J’ai voulu être mère très jeune, j’étais prête psychologiquement et physiquement vers 20 ans. A l’arrêt de la pilule, comme bon nombre d’entre nous, j’étais surexcitée à l’idée de me dire que désormais une grossesse pouvait survenir et que quelques mois plus tard je réaliserai mon rêve d’être mère.

Mais voilà, ce n’était pas si simple. Le corps a repris ses droits et n’en a fait qu’à sa tête. Alors les cycles de 28 jours théoriques , je ne me souviens même pas en avoir eu...

Remis dans son contexte, à l’époque on m’avait dit qu’une première grossesse pouvait mettre entre 12 à 18 mois alors...
j’ai patienté, j’ai espéré, j’y ai cru, j’ai été déçue...
J’avais ce que je pensais être des retards de règles (retard de règles=bonne nouvelle? Et bien non!), et j’ai fait de nombreux tests de grossesse (oui,oui, on ne sait jamais, peut-être que le premier ne fonctionnait pas...).

Je suis allée consulter.
« Vous êtes jeune, en bonne santé, il faut être patient c’est tout. Aujourd’hui les gens aimeraient avoir un enfant aussi vite que s’ils achetaient un machine à laver ».

Je m’en souviens comme si c’était hier.

La patience... et un grand sentiment de solitude aussi. On se questionne, on se remet en question, on se culpabilise, ma vie s'est mise à tourner autour de cet unique projet qui n’aboutissait pas.

Je suis allée consulter de nouveau l’année suivante.
Mais je suis jeune et en bonne santé bordel! Qu’est-que je viens l’emmerder avec mes doutes et mes questions?

Ce n’est évidemment pas ce que le gynécologue m’a dit, mais c’est bel et bien le ressenti que j’ai eu en sortant de son cabinet.

Je crois qu’à partir de ce moment, j’ai commencé à en parler à mon entourage. Je n’attendais pas vraiment de conseils mais j’avais besoin d’extérioriser ce mal être.
Les réactions ont été multiples, certaines compréhensives, d’autres attentives, et certaines absolument pas. Chacun y va de sa propre théorie donc c’est très délicat...

Mes amies, pour la plupart, ont été remarquables. Soutenantes, encourageantes, et surtout elles ont toujours eu beaucoup de tact. Parce que oui, à 24,25 ans les premières annonces de grossesse ont commencé à arriver.
Je n’étais pas la seule à vouloir être mère.

Je n’ai jamais ressenti de jalousie, envers des amies enceintes, mais pendant longtemps je n’arrivais pas non plus à être heureuse pour elles, sans ressentir un certain sentiment d’injustice.

Le couple? Ah il en prend un coup aussi... certaines épreuves rapprochent, d’autres éloignent. En ce qui me concerne c’était plutôt la deuxième option.

Devant ma solitude, j’ai cherché tous les moyens pour pouvoir tomber enceinte.

C’est là que tu penses qu’internet est ton meilleur ami. 

Tu te retrouves sur des forums de discussions, tu lis tout un tas de choses, de publicités, de produits miracles, qui au final te font de nouveau espérer.

J’ai tenté des méthodes naturelles type homéopathie, aromathérapie, des tisanes, des cachets de vitamines, des aliments pour booster la fertilité.
Utile ou pas? C’était surtout inapproprié dans mon cas, mais comme j’étais la seule préoccupée par ce désir de grossesse, j’ai tout tenté.
Les positions sexuelles aussi. La fréquence des rapports ( un savant calcul tout ça, qui ne laissait plus vraiment de place à la spontanéité).

Une des plus grosses idioties, a été de tenter les tests d’ovulation. Car devinez quoi? Ils étaient quasi tout le temps positifs!  Espoirs, espoir, espoir, désespoir!

Bon, après tout ce temps, il fallait se rendre à l’évidence, quelque chose ne tournait pas rond. Parfois j’avais mes règles au bout de 60 jours, parfois au bout de 90 jours....jusqu’au jour où elles ne sont plus du tout arrivées.

Alors on se plaint tout le temps d’avoir nos règles, mais en fait lorsqu’on ne les a plus, c’est pire. C’est comme si inconsciemment on t’enlevait une partie de féminité, celle qui porte le sens de la maternité, de la procréation.

J’ai décidé de changer de gynécologue, j’ai pris un grand nom de la région.
Pourquoi? Sans doute parce que c’était rassurant, parce que lui, il m’aiderait c’est sur (Je l'espérais tellement qu'il ne pouvait pas en être autrement).
Des mois d’attente pour obtenir un rdv.

Le jour J!
Je me présente, j’explique ma situation depuis ces dernières années.
« Vous êtes jeune... »
J’ai insisté.
J’ai expliqué que je n’avais plus de règles depuis des mois.
« Vous devez les avoir, mais vous ne vous en rendez pas compte, on se revoit dans 6 mois ».

Que dire... je n’ai même pas les mots pour décrire.

6 mois plus tard, nous nous sommes revus. Et j’ai eu des tests sanguins à réaliser à plusieurs périodes dans le mois.
A la suite des tests, silence radio...
J’ai tenté de contacter le gynécologue, mais on me répondait à chaque fois : «  Le médecin vous apportera une réponse par courrier ».

Et un jour dans la boite aux lettres j’ai reçu une réponse!!!! Mélange d’excitation, d’angoisse, de soulagement, j’allais enfin savoir.

1 phrase, une seule. J’ai toujours cette lettre:
«  les résultats de vos examens montre un cycle anovulatoire, à voir lors de votre prochaine consultation ».

Quoi? C’est tout? On ne pouvait pas me le dire au téléphone? Et puis ça finalement, je m’en doutais un peu déjà...!

Rdv suivant, le gynécologue me prescrit le fameux Clomid dont je vois le nom partout sur les forums.  mais dont je ne connais rien. Un fort dosage pour mon poids de l’époque (45kg).
La consigne c’est de commencer le traitement le premier jour des règles.

Mais je n’ai pas mes règles...

Je commence donc le traitement au hasard de la période.
Pas de suivi, pas de contrôle.... et quelques jours plus tard je me retrouve avec une hyper stimulation ovarienne avec tous les désagréments et les risques que cela comporte.

Je suis désespérée. Je me sens seule, incomprise, désemparée, et je confie mon desarroi à mon médecin traitant de l’époque.
Celui-ci n’a pas la solution mais, il me donne des coordonnées. Il m’oriente vers un gynécologue et fait en sorte de m’obtenir un rendez-vous dans les jours qui suivent.

Ce gynécologue en question. Je lui voue une éternelle gratitude. Je ne suis pas tombée enceinte dans les mois qui ont suivi, il n’a pas trouvé « de solution » mais il a transformé ma vie, il m’a sauvé.

Il m’a reçu, m’a longuement écouté, et m’a dit qu’il allait tenter de comprendre à l’aide de questions, d’examens complémentaires et que je ne ressortirai pas tant qu’on aurait pas des pistes à explorer.
Je suis restée 2 heures dans son cabinet, bien plus que de la gynécologie, il y avait ce côté accompagnement psychologique, cette recherche biographique, une dimension analytique de mes habitudes de vie alimentaire, sommeil, antécédents...

Il a émis quelques hypothèses et à ciblé des examens à réaliser.

Dans le mois qui a suivi, on a pu mettre un mot, un mot un peu bizarre, qui fait peur.
Ce mot n'est pas une maladie mais plutôt un état.

Je suis SOPK.

Quoi? C'est quoi ça?
En gros résumé, il s'agit d'un dérèglement hormonal général. Les hormones sécrétées par l'organisme ne surviennent pas au bon moment, ou en quantité suffisante, ou pas dans l'ordre "logique". On en reparlera plus longuement, mais voilà je savais enfin ce qu'il en était.

Mes ovaires travaillaient à bloc, tout le temps, mais de façon inefficace. Je n'avais donc aucune ovulation, et aucune règle.

Je n'avais pas rêvé, je n'étais pas folle.

Après tout ce temps, le parcours ne faisait que commencer finalement, mais je me sentais un peu moins seule.

Vous vous doutez bien que l'histoire connaît une fin heureuse, miraculeuse même! Je me sens très chanceuse malgré toutes ces épreuves.
Et avec le recul, beaucoup de recul, je ne connais finalement que des fins heureuses dans tous les cas d'infertilité portés à ma connaissance. La seule chose qui n'est absolument pas maîtrisable, c'est le temps qui passe, et c'est le ou les moyens pour y parvenir.

Il faut toujours y croire.

L'accompagnement psychologique dans tout ça? Peu ou pas existant, peu importe les raisons. 
Mais cela en fait une raison supplémentaire pour moi aujourd'hui dans mon choix professionnel de demain.
Je souhaite plus que tout pouvoir apporter une écoute, un mot, une bienveillance, une compréhension à celles (et ceux) qui en auront le besoin à un moment dans leur vie. Il suffit parfois de peu, mais le fait d'être considéré, accompagné, peut faire bouger beaucoup de choses.

Comme ce gynécologue, qui ce jour là, a pris le temps pour moi. Je n'ai pas eu de contact depuis plus 12 ans mais je n'oublierai jamais...Merci Docteur.







jeudi 31 janvier 2019

35 semaines #2

L’attente.....

L’attente, quelle qu’elle soit, est toujours douloureuse. On se perd dans nos pensées, les émotions se mélangent, on souffre, on doute, on espère, on désespère.

Vers 4 heures du matin, Dobby la sage-femme revient. Avec ses grands yeux désolés elle me dit:

« - Mais il est dans quelle position votre bébé? Parce que là, au toucher... je dirais bien qu’il est en siège. On va faire un échographie pour voir. » 

Il aura donc fallu tout ce temps pour finalement faire une échographie. Et oui, bébé est en siège, bien haut, et il n’appuie pas du tout sur le col.

Tout le staff de nuit arrive alors dans ma chambre. 
On m’explique que:

 -  La péridurale est à proscrire compte tenu des risques mais que si je la veux vraiment on peut tenter. 
(Ça va pas non?!)

- Comme c’est un troisième bébé, on peut supposer qu’il peut sortir en siège mais il va falloir pousser beaucoup plus fort.
(Euh, ça va pas non?!)

- Qu’il y a une autre option mais....
( L’autre option! L’autre option! Je la veux, je la veux!)

- Qu’on peut préparer le bloc et me faire une césarienne.

Un grand OUI! 

Pour tout un tas de raisons mais surtout celle de voir mon bébé quelques minutes plus tard! Et ensuite plus personnellement, un grand OUI car ça voulait aussi dire pas de risque de forceps, cuillères, ventouses ou tout autre instrument de torture, pas de risque de déchirure, pas de nouvelle épisiotomie traumatisante, des suites moins douloureuses....etc, etc, bref, vous l’aurez compris, la césarienne était pour moi une très bonne option!

L’installation au bloc a été hyper rapide. J’étais entourée d’une équipe de nuit 100% féminine. L’anesthésiste m’a proposé de la musique, la gynécologue, les infirmières et les puéricultrices discutaient entre elles, et avec nous. Une ambiance détendue!
La gynécologue m’a décrit tout ce qu’elle a fait, et en moins de 5 minutes, on sortait mon petit bébé (qui a fait pipi direct sur tout le monde, bienvenue!)





On me l’a apporté et j’ai pu le voir et l’embrasser. Il me paraissait si petit, tout mini! Une infirmière a fait plein de photos de notre première rencontre. Je ne la remercierai jamais assez!
Mais il était déjà temps que mon petit Gabriel parte en service de néonat accompagné de son papa.

Pendant que la gynécologue terminait « la couture » de la césarienne, on m’a finalement ramené Gabriel. Il allait bien, on avait le droit à quelques minutes supplémentaires ensemble, et il respirait mieux lorsqu’il était à côté de moi ( l’instinct....)

En salle de réveil de 7h à 11h (sachant que je n’ai jamais été endormie), c’était long, je voyais les lits rentrer avec les dormeurs, j’assistais à la relève de l’équipe de nuit, à une vie à l’hôpital (Grey’s Anatomy existe!). Enfin, lorsque les effets de la rachianesthésie étaient passés et que j’avais reçu suffisamment de fer par perfusion, on m’a ramené en chambre. (Je vous épargne le moment où ils ont perdu mes analyses et où il a fallu tout refaire).

La responsable du service néonatalogie avait donné comme consigne de m’emmener à la porte du service et qu’on m’emmènerait Gabriel pour qu’on se voit.
Je vous le donne en mille: Le brancardier n’a jamais voulu faire le détour par le service de néonatalogie et m’a donc ramené directement dans ma chambre.

Grand moment de solitude.
Même si je le sais, la chambre est vide. 

On me dit que je peux joindre mon mari qui lui se trouve avec Gabriel en néonatalogie.
Comme si j’avais gardé mon portable avec moi au bloc, n’est-ce pas? 
Je demande au moins à ce qu’on le prévienne....ce qui a été fait plus d’une heure après mon retour en chambre. 
L’attente, toujours l’attente....

Je suis prête à aller voir mon bébé, mais voilà, on trouve que la poche liée à la sonde urinaire ne se remplie pas assez, et que tant qu’elle n’est pas pleine je ne bougerai pas.
Je bois donc une bouteille entière d’un coup en espérant que cette poche se remplisse enfin ( le détail sur lequel tu n’as vraiment aucun contrôle!)

J’attends....

On a pu m’apporter mon portable, faible, très faible compensation....
Mais j’ai déjà des photos de mon bébé que mon mari peut m’envoyer et quelques nouvelles rassurantes. Gabriel va bien dans l'ensemble, il a une aide respiratoire et ils lui ont posé une sonde gastrique au cas où il n'arriverait pas à se nourrir tout seul.





14h... Cette P***** de poche est remplie! On va me chercher un fauteuil roulant et je vais pouvoir aller voir mon bébé.
J’attends....

Le fauteuil arrive presque 1 heure plus tard.... je n’ai même pas la force de m’énerver. Je ne veux qu’une chose: LE retrouver.

15h, j’arrive au service de néonatalogie et je découvre mon tout petit Gabriel.  Tout petit, pas si petit vu qu’il pèse 2,630kg, ce qui est un poids plutôt inespéré pour 35 semaines.

On m’installe sur un grand fauteuil et on me place Gabriel en peau à peau. Le premier peau à peau d’une longue série dans les mois qui suivront. 
La magie opère. En quelques minutes, il régule et stabilise sa température, il respire tout seul, sans l'assistance respiratoire, il est tout apaisé. 


Ce moment restera toujours en moi comme notre première vraie rencontre. Toi et Moi en connexion totale, je me nourris de ton souffle, je sens tes petites mains qui m’agrippent... Après toute cette attente, je suis heureuse!

Ce jour là, Gabriel est né, et j’ai eu l’impression de renaître, « d’être de nouveau » moi aussi.
Ce 31 Janvier 2018.

Nous allions découvrir la vie de parents de bébé prématuré, apprivoiser notre nouvelle vie à 5, faire face à de nouvelles situations bien que nous avions déjà eu 2 bébés avant, mais je referais tout demain s’il le fallait.

Chaque naissance est singulière. Chaque accouchement est différent...
Chaque enfant apporte avec lui son lot d’amour, de sensations et d’émotions. Malgré la plus grande peur de toute ma vie, cette naissance a été pour moi la plus émouvante.
Cet accouchement a été remuant mais de façon positive.
Et Gabriel... et bien je crois qu’il porte bien son prénom! 
Ce petit bébé de l’amour était très attendu, et pas seulement par nous, ses parents, mais aussi par son frère et sa sœur. 
4 personnes à l’attendre, à l’aimer... il devait être pressé de nous connaître aussi!

Petit dernier, petit préma, petit bonheur de notre vie à tous les 4.

Aujourd’hui nous fêtons ton premier anniversaire, et on t’aime plus que tout!



mercredi 30 janvier 2019

35 semaines #1

Il y a un an déjà et pourtant je m’en souviens comme si c’était hier... Je partage aujourd'hui avec vous, ce jour si particulier à mon coeur.

J’ai emmené les enfants à l’école comme les jours précédents. J’avais mal partout et j’étais très  fatiguée, comme les jours précédents.
Et comme quasiment tous les jours précédents on m’a demandé:

 «- C’est pour quand?
-10 Mars!
-Oh, un troisième il arrivera avant.
 (Vous le savez, les gens ont toujours des grandes théories lorsqu’il s’agit de la grossesse) 
Et comme d’habitude j’ai répondu: 
-Je suis allée à terme 2 fois, j’irai une 3ème fois! »

En rentrant à la maison, ce jour là, j’ai décidé de me recoucher. J’ai dormi jusqu’à midi.
J’ai bien mis 5 bonnes minutes à me sortir du lit et là, une fois debout, il fallait vite aller aux toilettes! Les joies de la fin de grossesse, lorsque le contrôle de ta vessie est très approximatif.


En l’espace de quelques secondes j’ai compris....
Mais non, ce n’est pas possible...
Je me lève des toilettes, je tente de me rhabiller. Je laisse tomber, je me remets sur les toilettes et là tout mon corps se met à trembler.
Je perds les eaux.

La poche des eaux n’a pas « lâché » comme j’ai pu le vivre pour Marie, mais je perds les eaux et ça ne s’arrête plus.

Je suis enceinte de 35 semaines, la chambre de bébé n’est pas encore terminée, je n’ai pas préparé ma valise, je n’ai pas préparé la valise de bébé, je n’ai pas préparé la valise des grands au cas où.... et surtout 35 semaines!
Je ne suis pas prête, j’ai peur, j’ai peur de la suite de cette journée.

J’ai peur pour mon bébé. 

J’appelle mon mari qui a du mal à me croire mais qui se met en route pour venir me chercher. J’appelle ma sage-femme, qui tente de me rassurer comme elle le peut.
J’appelle notre ancienne nounou pour savoir si elle peut prendre les grands pour la nuit au cas où. J’appelle des amis pour savoir s’ils peuvent récupérer les enfants à l’école.
J’appelle l’école pour prévenir que ce ne sera pas moi à la sortie au portail.
J’appelle, j’appelle.....

Je ne suis pas prête mais je dois préparer une valise pour la maternité. Je n’arrive pas à penser à autre chose qu'à mon bébé.
Je prends un peu n’importe quoi pour moi, je prends le peu d’affaires de bébé que j’ai.
Je dois aussi faire un sac pour les grands...

Dans l’heure qui suit on part pour la maternité. 
Je n’ai pas de contraction. J’ai accouché rapidement les 2 premières fois, je ne suis pas inquiète de ce côté là, mais je suis vraiment inquiète pour mon bébé et surtout je ne suis pas prête.

À l’arrivée à la maternité on attend...
On m’explique qu’à 35 semaines c’est trop tôt, on ne peut pas me garder. Je vais être transférée à l’hôpital, là où tout l’équipement nécessaire à un accouchement prématuré est disponible, là où un service de néonatalogie pourra accueillir bébé.
On attend...on m’examine, le col n’est pas ouvert.

On attend...on attend... 

Je pars dans l’ambulance seule, mon mari doit prendre notre voiture.
L’hôpital est juste à côté mais le trajet me semble une éternité. Une des ambulancières reste avec moi à l’arrière, elle sourit, elle me tient la main, elle me parle... je ne sais plus de quoi à vrai dire.... mais je me souviens qu’elle était là.

A l’hôpital je ne suis pas attendue, ou alors si je le suis, on a oublié.
On demande à l’ambulancier pourquoi je suis là....

On attend....

Mon mari arrive et on nous place dans une chambre en attendant que le travail commence. J’ai des contractions, elles sont rapprochées et assez fortes, mais le col est à peine à 1.

On attend....on attend....

Je sais, sans même avoir vu l’anesthésiste, que je n’aurai pas de péridurale. Je viens d’arrêter mon traitement contre l’hypertension et le délai entre l’arrêt du traitement et une éventuelle péridurale est trop court et comporte trop de risques.
Je vais devoir le faire seule, de moi-même. Je n’ai franchement pas envie.... au delà de la douleur, je pense aux suites, je pense aux efforts qu’il va falloir fournir... Je ne suis absolument pas prête.

On attend....

Le col ne bouge presque pas. Et les contractions s’arrêtent. Il doit être 18h peut-être.... je trouve ça étrange. Quelque chose en moi me dit que ce n’est pas normal. Je me connais bien, je connais bien mon corps et j'ai une intuition.
On attend.....

On me dit que cela arrive, rien de grave, que je n’ai qu’à dormir.

Dormir?
Mais comment est-ce possible? Je suis là, à 35 semaines de grossesse, je ne sais pas comment va mon bébé, je ne sais pas quand je vais accoucher... Et s’il y avait des complications? et si bébé avait des séquelles? Et si....
Oui, j’ai imaginé le pire.

Comment continuer à vivre? Que dire aux enfants? Pourquoi? 

Les contractions ont repris vers 22h environ, très rapprochées, très très douloureuses. À ce moment là je me suis dit que je n’avais jamais eu de contractions douloureuses avant grâce à la péridurale des 2 précédents accouchements.

Mon mari s’endort entre 2 contractions.
La magie de la psychologie masculine, sans aucune méchanceté mais...Voilà, j’étais seule à souffrir, j’étais seule à être inquiète, j’étais seule à regarder cette pendule, j’étais seule à me poser des millions de questions.

La sage-femme de nuit vient se présenter. Une gentille petite femme, qui me fait penser à Dobby dans Harry Potter (oui, oui les hormones ça fait de drôles d’effets), elle va, elle vient, elle regarde le col, elle repart...

Je sens que ce n’est pas normal. J’ai d’énormes contractions mais il ne se passe rien.
J’entends le cœur de bébé au monitoring et il bouge, c’est bien ma seule source d’espoir à ce moment là.

La journée se termine ainsi et je sens que la nuit va être très longue et je ne suis pas prête....

On t'attend...