35 semaines #2

L’attente.....

L’attente, quelle qu’elle soit, est toujours douloureuse. On se perd dans nos pensées, les émotions se mélangent, on souffre, on doute, on espère, on désespère.

Vers 4 heures du matin, Dobby la sage-femme revient. Avec ses grands yeux désolés elle me dit:

« - Mais il est dans quelle position votre bébé? Parce que là, au toucher... je dirais bien qu’il est en siège. On va faire un échographie pour voir. » 

Il aura donc fallu tout ce temps pour finalement faire une échographie. Et oui, bébé est en siège, bien haut, et il n’appuie pas du tout sur le col.

Tout le staff de nuit arrive alors dans ma chambre. 
On m’explique que:

 -  La péridurale est à proscrire compte tenu des risques mais que si je la veux vraiment on peut tenter. 
(Ça va pas non?!)

- Comme c’est un troisième bébé, on peut supposer qu’il peut sortir en siège mais il va falloir pousser beaucoup plus fort.
(Euh, ça va pas non?!)

- Qu’il y a une autre option mais....
( L’autre option! L’autre option! Je la veux, je la veux!)

- Qu’on peut préparer le bloc et me faire une césarienne.

Un grand OUI! 

Pour tout un tas de raisons mais surtout celle de voir mon bébé quelques minutes plus tard! Et ensuite plus personnellement, un grand OUI car ça voulait aussi dire pas de risque de forceps, cuillères, ventouses ou tout autre instrument de torture, pas de risque de déchirure, pas de nouvelle épisiotomie traumatisante, des suites moins douloureuses....etc, etc, bref, vous l’aurez compris, la césarienne était pour moi une très bonne option!

L’installation au bloc a été hyper rapide. J’étais entourée d’une équipe de nuit 100% féminine. L’anesthésiste m’a proposé de la musique, la gynécologue, les infirmières et les puéricultrices discutaient entre elles, et avec nous. Une ambiance détendue!
La gynécologue m’a décrit tout ce qu’elle a fait, et en moins de 5 minutes, on sortait mon petit bébé (qui a fait pipi direct sur tout le monde, bienvenue!)





On me l’a apporté et j’ai pu le voir et l’embrasser. Il me paraissait si petit, tout mini! Une infirmière a fait plein de photos de notre première rencontre. Je ne la remercierai jamais assez!
Mais il était déjà temps que mon petit Gabriel parte en service de néonat accompagné de son papa.

Pendant que la gynécologue terminait « la couture » de la césarienne, on m’a finalement ramené Gabriel. Il allait bien, on avait le droit à quelques minutes supplémentaires ensemble, et il respirait mieux lorsqu’il était à côté de moi ( l’instinct....)

En salle de réveil de 7h à 11h (sachant que je n’ai jamais été endormie), c’était long, je voyais les lits rentrer avec les dormeurs, j’assistais à la relève de l’équipe de nuit, à une vie à l’hôpital (Grey’s Anatomy existe!). Enfin, lorsque les effets de la rachianesthésie étaient passés et que j’avais reçu suffisamment de fer par perfusion, on m’a ramené en chambre. (Je vous épargne le moment où ils ont perdu mes analyses et où il a fallu tout refaire).

La responsable du service néonatalogie avait donné comme consigne de m’emmener à la porte du service et qu’on m’emmènerait Gabriel pour qu’on se voit.
Je vous le donne en mille: Le brancardier n’a jamais voulu faire le détour par le service de néonatalogie et m’a donc ramené directement dans ma chambre.

Grand moment de solitude.
Même si je le sais, la chambre est vide. 

On me dit que je peux joindre mon mari qui lui se trouve avec Gabriel en néonatalogie.
Comme si j’avais gardé mon portable avec moi au bloc, n’est-ce pas? 
Je demande au moins à ce qu’on le prévienne....ce qui a été fait plus d’une heure après mon retour en chambre. 
L’attente, toujours l’attente....

Je suis prête à aller voir mon bébé, mais voilà, on trouve que la poche liée à la sonde urinaire ne se remplie pas assez, et que tant qu’elle n’est pas pleine je ne bougerai pas.
Je bois donc une bouteille entière d’un coup en espérant que cette poche se remplisse enfin ( le détail sur lequel tu n’as vraiment aucun contrôle!)

J’attends....

On a pu m’apporter mon portable, faible, très faible compensation....
Mais j’ai déjà des photos de mon bébé que mon mari peut m’envoyer et quelques nouvelles rassurantes. Gabriel va bien dans l'ensemble, il a une aide respiratoire et ils lui ont posé une sonde gastrique au cas où il n'arriverait pas à se nourrir tout seul.





14h... Cette P***** de poche est remplie! On va me chercher un fauteuil roulant et je vais pouvoir aller voir mon bébé.
J’attends....

Le fauteuil arrive presque 1 heure plus tard.... je n’ai même pas la force de m’énerver. Je ne veux qu’une chose: LE retrouver.

15h, j’arrive au service de néonatalogie et je découvre mon tout petit Gabriel.  Tout petit, pas si petit vu qu’il pèse 2,630kg, ce qui est un poids plutôt inespéré pour 35 semaines.

On m’installe sur un grand fauteuil et on me place Gabriel en peau à peau. Le premier peau à peau d’une longue série dans les mois qui suivront. 
La magie opère. En quelques minutes, il régule et stabilise sa température, il respire tout seul, sans l'assistance respiratoire, il est tout apaisé. 


Ce moment restera toujours en moi comme notre première vraie rencontre. Toi et Moi en connexion totale, je me nourris de ton souffle, je sens tes petites mains qui m’agrippent... Après toute cette attente, je suis heureuse!

Ce jour là, Gabriel est né, et j’ai eu l’impression de renaître, « d’être de nouveau » moi aussi.
Ce 31 Janvier 2018.

Nous allions découvrir la vie de parents de bébé prématuré, apprivoiser notre nouvelle vie à 5, faire face à de nouvelles situations bien que nous avions déjà eu 2 bébés avant, mais je referais tout demain s’il le fallait.

Chaque naissance est singulière. Chaque accouchement est différent...
Chaque enfant apporte avec lui son lot d’amour, de sensations et d’émotions. Malgré la plus grande peur de toute ma vie, cette naissance a été pour moi la plus émouvante.
Cet accouchement a été remuant mais de façon positive.
Et Gabriel... et bien je crois qu’il porte bien son prénom! 
Ce petit bébé de l’amour était très attendu, et pas seulement par nous, ses parents, mais aussi par son frère et sa sœur. 
4 personnes à l’attendre, à l’aimer... il devait être pressé de nous connaître aussi!

Petit dernier, petit préma, petit bonheur de notre vie à tous les 4.

Aujourd’hui nous fêtons ton premier anniversaire, et on t’aime plus que tout!



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